Automne Musical de Spa

Jean TUBÉRY et l'ensemble LA FENICE

Date

Samedi 3 octobre 2015

Lieu

Château du Haut-Neubois

Plan d'accès

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Frescobaldi, Merula, Caccini, Strozzi

Jean TUBÉRY, cornet à bouquin et flûte
Keiko GOMI, viloncelle baroque
Nicolas Achten, clavecin, orgue et arpa tripla

21H : souper au château

 

 

 

Passaggi da Napoli a Venezia, une« Promenade musicale dans l’Italie du Premier Baroque »

 

« Quant aux Passaggi, je fus étonné de constater la grande différence entre ceux qui en avaient déjà écrit et moi-même... Je n’y ai pas renoncé pour autant, au contraire cette diversité de choses et d’opinions me paraissant ce qu’il y a de mieux au monde en beauté et en grand ornement... »

Ainsi s’exprime Giovanni Battista Bovicelli dans la préface de son recueil Règles et Passages de Musique en 1594.

Ces passaggi que l’on peut traduire par passages, mais aussi par promenades, étaient une pratique musicale que les instrumentistes étaient censés maîtriser afin d’embellir la composition par des ornements, des  improvisations, autour des lignes mélodiques d’une chanson ou d’un motet à la mode.

Munis de cet art, les instrumentistes-compositeurs tels que Falconiero, Caccini, Merulo, Frescobaldi, parcouraient l’Italie du Seicento et brillaient dans les cours des villes les plus illustres.

La monodie instrumentale prédominait  alors, époque faste notamment pour le cornet à bouquin (grâce à son timbre se rapprochant au mieux de la voix), mais peu à peu remplacé par les violons, lirones et autres intruments à cordes, annonçant le temps des Stradivarius et des Vivaldi.

Jean Tubéry et l’Ensemble La Fenice retracent ce courant musical de la première moitié du 17e  siècle et nous font ressentir la richesse de cette  époque  si florissante. Ce concert a comme ambition de faire revivre la  période de gloire du cornet quand, de Naples à Venise, en passant par  Rome, Florence, Milan, des  instrumentistes-compositeurs écrivaient les plus belles pages de ce répertoire.

Jean Tubery

 

La petite histoire du cornet à bouquin

Parmi les ancêtres du cornet à bouquin, dont la sonorité est apparentée à celle de la trompette, se trouvent les instruments à vent réalisés à partir d’une corne de vache, de chèvre ou encore de bélier. Déjà en 2000 avant J.-C., l’instrument se rencontre en Egypte, en Perse ainsi que chez les Hébreux où il prend le nom de « shofar ». Durant le Moyen Age, les cornes sont percées de trous et sont parfois façonnées dans de l’ivoire. Deux types de cornets coexistent, les cornets recourbés et les cornets droits. C’est durant la période baroque que le cornet à bouquin, décliné en une famille complète allant du soprano à la basse, connaît sa période d’épanouissement. On peut distinguer trois types : le cornet droit avec embouchure, le cornet muet à la sonorité douce et le cornet recourbé, ce dernier étant le plus employé. Le cornet était fabriqué en bois ou en ivoire et présentait une section hexagonale ou octogonale, avec une embouchure rapportée comme sur la trompette actuelle. Il était généralement recouvert de cuir pour le protéger des chocs et de l’humidité. A l’instar de la flûte à bec, il est percé de six trous sur le devant du tube et d’un trou pour le pouce à l’arrière. La basse de la famille du cornet est appelé le « serpent » en raison de sa forme sinueuse. En provenance d’Italie, on sait qu’il fut utilisé en France, jusqu’au 19e siècle, comme instrument accompagnateur du chant grégorien. 

Le cornet à bouquin a été joué par les musiciens des chapelles ecclésiastiques et princières et fort apprécié dans les formations de musique de chambre les plus variées. Ce que l’on sait moins c’est qu’il fut préféré au violon durant le 17e siècle dans les sonates de Castello, Merulo ou Marini. Il trouve une place de choix aux côtés des trombones dans les motets et messes de Giovanni Gabrieli et d’Heinrich Schütz. A titre anecdotique, il est intéressant de savoir que les cornets et les trombones seront utilisés par les musiciens municipaux allemands jusqu’au 19e siècle pour l’exécution des sonneries du haut des tours des villes importantes. Dans le domaine de l’opéra, il est utilisé pour dépeindre les scènes infernales, notamment dans l’Orfeo de Monteverdi. 

Le cornet à bouquin produit un son très particulier, proche de celui de la trompette ou d’un petit cor. Son jeu n’est pas aisé car chaque note doit être ajustée par les lèvres du musicien. Tout au long de ce concert, Jean Tubery mettra en lumière cet instrument peu connu, en jouant soit le cornetto (cornet à bouquin) soit le cornetto muto (cornet droit) et la flûte à bec, son instrument de prédilection. 

Gageons que cet instrument peu ordinaire n’aura plus de secret pour vous à l’issue de cette rencontre musicale. Et, peut-être serez-vous à même de répondre à la question que se posait Roger North, juriste et conseiller de Charles II d'Angleterre.Roger North en 1728 : « Qu’est-ce qui peut produire une sonorité aussi proche de la voix d’eunuque que le vrai cornet à bouquin ? »

 

Véronique Wintgens